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Passiflore et anxiété pendant le sevrage : ce que dit la recherche

La passiflore (Passiflora incarnata) est l'une des plantes les plus étudiées pour l'anxiété. En 2023 et 2024 sont parues les premières données cliniques sur son usage spécifique en tapering de benzodiazépines — une avancée importante, même si le niveau de preuve reste modeste. Cette page résume ce que montrent réellement les études, les mécanismes impliqués, et pourquoi la passiflore reste un complément d'appoint, pas un substitut à votre traitement de sevrage.

Statut en France : sans ordonnance (complément alimentaire / phytothérapie EG) Pour quoi ? Anxiété légère à modérée, insomnie légère Niveau de preuve : faible à préliminaire (études non randomisées en sevrage, petits essais comparatifs)
Important — à lire. Cette page est informative et ne remplace pas un avis médical. La passiflore ne remplace pas les benzodiazépines : elle ne prévient ni les crises de sevrage, ni les convulsions. En sevrage de benzodiazépines ou d'alcool, ne modifiez jamais votre traitement sans votre médecin. La passiflore provoque de la somnolence et interagit avec d'autres sédatifs : informez toujours votre médecin ou pharmacien avant de l'utiliser. Les études en sevrage benzo citées ici sont observationnelles rétrospectives — pas des essais randomisés contrôlés.

Qu'est-ce que la passiflore ?

Passiflora incarnata est une plante grimpante originaire d'Amérique du Nord, utilisée depuis longtemps en phytothérapie pour ses effets supposés calmants et favorisant le sommeil. On la trouve en pharmacie ou en parapharmacie sous forme de tisane, de gélules d'extrait sec ou de teinture-mère. Elle est souvent associée à d'autres plantes anxiolytiques comme la valériane, le houblon ou la mélisse (c'est notamment le cas de l'Euphytose).

En France, les préparations à base de Passiflora incarnata bénéficient d'un usage traditionnel reconnu par l'Agence européenne des médicaments (EMA) pour le soulagement des symptômes de stress et d'anxiété légère et des troubles du sommeil qui y sont associés. L'EMA a publié une monographie communautaire et, en 2025, un projet de révision est en consultation (mars–mai 2025). Il ne s'agit pas d'une indication thérapeutique au sens strict, mais d'une reconnaissance basée sur l'usage historique documenté.

Mécanisme : GABA et bien au-delà

Pendant longtemps, la passiflore a été résumée à une plante "qui agit sur le GABA". La pharmacologie récente montre que c'est plus nuancé.

Le système GABAergique : vrai mais incomplet

L'hypothèse principale reste que la passiflore module le système GABAergique — le même système que les benzodiazépines, mais de façon différente et beaucoup plus indirecte. Une étude pharmacologique (Appel et al., 2011) a montré qu'un extrait de Passiflora incarnata :

Autrement dit, la passiflore ne reproduit pas l'action des benzodiazépines sur leur site de fixation habituel. C'est précisément pourquoi elle ne peut pas compenser l'absence d'une benzodiazépine chez une personne physiquement dépendante, et ne prévient pas les symptômes graves de sevrage (convulsions, delirium).

Les composés actifs supposés : flavonoïdes

Les principaux candidats sont des flavonoïdes : vitexine, isovitexine, chrysine, orientin, iso-orientin, apigenine. Leur mécanisme exact et leur biodisponibilité restent à préciser. La chrysine présente une faible biodisponibilité orale et une excrétion rapide chez l'humain, ce qui questionne son rôle réel in vivo. La vitexine et l'isovitexine ont montré des effets sur le système opioïde dans des modèles animaux de sevrage à la morphine (atténuation des symptômes de sevrage).

Dans des études sur des extraits totaux, les flavonoïdes semblent se lier au site benzodiazépinique du récepteur GABA-A par un mécanisme différent de celui des benzodiazépines classiques — une modulation allostérique plus diffuse.

Voies supplémentaires identifiées récemment

Une revue de 2024–2025 sur les mécanismes neurobiologiques de la passiflore (Kazmierczyk et al., 2024 ; revue MDPI 2025) a identifié plusieurs voies complémentaires :

Ces voies supplémentaires restent à confirmer chez l'humain, mais elles expliquent potentiellement pourquoi certains patients sous sevrage rapportent un effet sur les dimensions anxieuses que le GABA seul ne suffirait pas à décrire.

Ce que dit la recherche clinique

Les données humaines existent, mais restent limitées : petites études, populations sélectionnées, durées courtes. On dispose maintenant — fait nouveau depuis 2023 — de premières données spécifiques au sevrage de benzodiazépines.

L'essai passiflore vs oxazépam dans le trouble anxieux généralisé (Akhondzadeh et al., 2001)

C'est l'essai comparatif le plus cité. 36 patients souffrant de trouble anxieux généralisé (TAG) ont été randomisés pendant 4 semaines : extrait de passiflore (45 gouttes/jour) ou oxazépam 30 mg/jour. À l'issue de l'essai, les deux traitements avaient réduit l'anxiété de façon statistiquement comparable. L'oxazépam agissait plus rapidement (supériorité en début d'essai), tandis que le groupe passiflore présentait moins de problèmes de performances au travail — traduction clinique d'une sédation fonctionnelle moindre.

Limites à retenir : 18 patients par bras, 4 semaines, TAG sans contexte de sevrage. Il ne faut pas extrapoler ce résultat à la prise en charge du sevrage benzo.

La revue systématique sur les troubles neuropsychiatriques (Janda et al., 2020)

Cette revue publiée dans Nutrients a analysé neuf essais cliniques sur Passiflora incarnata dans les troubles neuropsychiatriques (durées de 1 à 30 jours, populations de 16 à 128 participants, études menées en Iran, Brésil, Turquie, Allemagne et Australie). Conclusion : la majorité des études rapportait une réduction de l'anxiété, avec un effet moins net en cas d'anxiété légère. Aucun effet indésirable grave — notamment pas de déficit de mémoire ni d'altération des fonctions psychomotrices — n'a été rapporté. La revue note l'hétérogénéité trop élevée pour permettre une méta-analyse, et l'absence d'étude sur la dépendance ou le sevrage parmi les neuf essais inclus.

Essai préopératoire vs placebo (Movafegh et al., 2008)

Chez 60 patients devant subir une chirurgie ambulatoire, la prise orale de 500 mg de passiflore 90 minutes avant l'intervention réduisait significativement les scores d'anxiété (p < 0,001) comparé au placebo, sans induire de sédation. La récupération des fonctions psychomotrices était comparable dans les deux groupes. Ce profil — anxiolytique sans sédation significative — est ce qui distingue la passiflore des benzodiazépines en préopératoire.

La comparaison passiflore vs midazolam avant extraction dentaire (Dantas et al., 2017)

Chez 40 volontaires anxieux devant subir une extraction dentaire, passiflore (260 mg) ou midazolam (15 mg) administrés 30 minutes avant le geste donnaient des résultats comparables sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle et les scores d'anxiété auto-rapportés. Le midazolam provoquait une amnésie chez 20 % des participants ; la passiflore n'affectait pas la mémoire.

Première étude sur le sevrage de benzodiazépines (Zanardi et al., 2023)

C'est la donnée la plus pertinente pour les personnes en sevrage. Cette étude rétrospective naturaliste (Pharmaceuticals, doi:10.3390/ph16030426, PMID 36986524) a suivi 186 patients ambulatoires sous traitement chronique aux benzodiazépines, avec diagnostic d'anxiété ou de dépression. Deux groupes : 93 patients recevant en complément un extrait sec de passiflore, 93 témoins suivant le protocole de réduction standard seul. Durée : 3 mois.

Résultats principaux : le groupe passiflore a obtenu une réduction de la dose de benzodiazépine significativement supérieure à 1 et 3 mois (p < 0,001), avec davantage d'arrêts complets aux deux points. Aucun effet indésirable n'a été rapporté.

Limites importantes : étude rétrospective, non randomisée, patients déjà engagés dans un programme de réduction supervisé par des cliniciens. Le groupe passiflore était constitué de patients qui avaient accepté de prendre le complément — un biais de sélection possible. Ces résultats encourageants demandent confirmation par un essai randomisé contrôlé.

Suivi sur 12 mois et données à long terme (Carminati et al., 2024)

La même équipe italienne a publié un suivi à 12 mois de la même cohorte (Frontiers in Psychiatry, doi:10.3389/fpsyt.2024.1471083, PMID 39429529). Sur 93 patients ayant pris la passiflore, 79,3 % avaient totalement arrêté les benzodiazépines à un an, avec un taux de rechute anxieuse de seulement 10,87 % et une rechute dépressive de 12,19 %. La quasi-totalité avait pu arrêter la passiflore sans rebond ni dépendance. Seul le facteur prédictif négatif identifié était une comorbidité de trouble de la personnalité (83 % dans le groupe sans arrêt complet vs 29 % dans le groupe ayant arrêté, p < 0,001).

Synergie avec la thérapie cognitivo-comportementale (Carminati et al., 2026)

Une analyse rétrospective des mêmes 186 patients (Pharmaceuticals, doi:10.3390/ph19010141) a montré un effet synergique significatif entre la passiflore et la TCC dans la réduction des benzodiazépines (p = 0,037) : la combinaison des deux surpassait chaque approche prise seule. Des doses plus élevées (400–600 mg/j) montraient une réduction plus importante qu'à 200 mg. Aucun effet indésirable signalé. Cette étude suggère que la passiflore agit sur les dimensions neurobiologiques de la dépendance, complémentairement à la TCC qui traite les dimensions psychologiques — mais elle est rétrospective et non randomisée comme les précédentes.

Données sur le sevrage aux opiacés (Akhondzadeh et al., 2001)

Dans un deuxième essai de la même année (PMID 11679027), la même équipe a randomisé 65 patients dépendants aux opioïdes dans un protocole de détoxification à la clonidine, avec ou sans extrait de passiflore (60 gouttes/jour) pendant 14 jours. Les deux groupes réduisaient également les symptômes physiques de sevrage. En revanche, le groupe clonidine + passiflore montrait une supériorité significative sur les symptômes psychologiques du sevrage (agitation, anxiété, pensées envahissantes). C'est la seule étude randomisée en sevrage d'une substance addictive, et elle portait sur les opioïdes, pas les benzodiazépines.

Synthèse : niveau de preuve par indication

Indication Niveau de preuve Commentaire
Anxiété légère à modérée (TAG) Faible (1 essai RCT, n=36) Comparatif vs oxazépam, sans groupe placebo pur
Anxiété préopératoire / situationnelle Modeste (plusieurs petits RCT) Résultats cohérents, sans sédation marquée
Tapering de benzodiazépines (appoint) Préliminaire (études observationnelles rétrospectives) Résultats encourageants mais non randomisés ; à confirmer
Sevrage opioïdes (symptômes psychologiques) Faible (1 essai RCT, n=65) Supériorité vs clonidine seule sur les symptômes psychiques
Prévention des convulsions de sevrage Aucune Ne pas utiliser à cet effet ; risque vital

Pertinence en contexte de sevrage : lecture critique

Grâce aux travaux de l'équipe de Zanardi et Carminati (2023–2026), on dispose maintenant de premières données spécifiques au sevrage des benzodiazépines. Avant ces publications, la question restait entièrement ouverte. Voici ce que l'on peut raisonnablement en dire :

Formes disponibles

En France, on trouve la passiflore sous différentes formes :

Les études cliniques utilisent généralement des extraits standardisés. La tisane offre une reproducibilité moindre. Les études en tapering benzo ont utilisé un extrait sec entre 200 et 600 mg par jour en prise unique ou fractionnée — cette fourchette reste indicative et non prescriptive.

Précautions et effets indésirables

En pratique : comment l'aborder avec votre médecin

Si vous souhaitez essayer la passiflore pendant votre sevrage, quelques points à aborder avec votre médecin ou pharmacien :

Questions fréquentes

La passiflore peut-elle remplacer une benzodiazépine pendant le sevrage ?

Non. Elle module le système GABA de façon indirecte et partielle, sans activer le site benzodiazépinique. Elle ne prévient pas les convulsions ni le syndrome de sevrage grave. Une réduction de benzodiazépines doit toujours être progressive et supervisée par un médecin.

Peut-on l'utiliser en sevrage alcool ?

Les données sont très limitées dans ce contexte spécifique. Le mécanisme GABAergique est théoriquement pertinent, mais aucune étude clinique n'a évalué la passiflore en sevrage alcoolique. Le risque d'interaction sédative avec les protocoles standards (benzodiazépines, voire baclofène) doit être discuté avec le médecin. En cas d'usage, utiliser exclusivement des formes sans alcool.

Y a-t-il un risque de dépendance à la passiflore ?

Aucun cas de dépendance ni effet rebond n'a été rapporté dans les études cliniques disponibles, y compris sur 12 mois de suivi. C'est l'un des avantages pratiques par rapport aux benzodiazépines. Cela ne signifie pas que l'absence de risque est définitivement démontrée — les données manquent simplement pour l'affirmer.

Quelle différence avec l'Euphytose ?

L'Euphytose contient de la passiflore mais aussi de la valériane, du houblon et de la ballote. Le profil sédatif de la valériane s'y ajoute, ce qui peut être intéressant pour les troubles du sommeil en sevrage, mais renforce aussi le cumul sédatif avec d'autres traitements. Voir notre page dédiée à l'Euphytose.

Les études de Zanardi et Carminati sont-elles fiables ?

Ces études sont publiées dans des revues à comité de lecture (Pharmaceuticals, Frontiers in Psychiatry) et représentent les premières données spécifiques au sevrage benzo. Elles sont rétrospectives et naturalistes — le niveau de preuve est donc inférieur à un essai randomisé contrôlé. Elles ne permettent pas de conclure à l'efficacité causale, mais elles justifient qu'un essai randomisé soit conduit.

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Sources